Triman vs Point Vert : pourquoi le logo aux deux flèches ne veut-il pas dire « recyclable » ?
Contrairement à une idée reçue, le Point Vert n’a jamais signifié « recyclable » ; il indique simplement une contribution financière de l’entreprise au système de tri.
- Le seul logo qui confirme qu’un emballage est à trier est le Triman, souvent accompagné d’instructions claires (l’Info-tri).
- Des erreurs bien intentionnées, comme imbriquer des déchets, peuvent totalement annuler vos efforts de tri en trompant les machines des centres.
Recommandation : Ignorez le Point Vert, suivez les consignes du logo Triman et appliquez quelques règles simples pour vous assurer que vos déchets seront réellement recyclés.
Qui ne s’est jamais retrouvé, perplexe, devant sa poubelle jaune, un pot de yaourt à la main, en se demandant : « Est-ce que ça va vraiment dedans ? ». Vous faites l’effort de trier, vous voulez bien faire, mais le ballet des logos sur les emballages ressemble à un code secret. Entre le Point Vert, le logo Triman, les mystérieux triangles avec des chiffres… la bonne intention se heurte à un mur de confusion. Cette confusion n’est pas de votre faute. Elle est le résultat d’un système de signalétique complexe, hérité de logiques industrielles qui n’ont pas toujours été pensées pour le citoyen.
La plupart des guides se contentent de vous dire ce que chaque logo signifie. Nous allons aller plus loin. Cet article a pour but de vous apprendre à décrypter ce système, à comprendre pourquoi il est si confus et, surtout, à vous donner les clés pour devenir un expert du tri, capable de naviguer avec confiance dans cet univers. Nous ne nous contenterons pas de définir les symboles ; nous vous expliquerons le fonctionnement des centres de tri, les raisons techniques derrière les consignes et comment éviter les « sabotages involontaires » qui peuvent annuler vos efforts. L’objectif : que chaque geste de tri que vous ferez soit un geste efficace.
Pour vous aider à maîtriser cet écosystème, nous allons décortiquer pas à pas les mythes et les réalités du recyclage en France. Ce guide pratique vous accompagnera de la compréhension des logos à la gestion de vos déchets les plus spécifiques.
Sommaire : Triman, Point Vert, et les secrets d’un tri réussi
- L’arnaque du Point Vert : pourquoi ce logo historique disparaît-il progressivement des emballages ?
- Extension des consignes de tri : peut-on vraiment mettre tous les plastiques dans la poubelle jaune partout ?
- Plastique n°7 ou sans numéro : pourquoi ces emballages finissent-ils toujours à l’incinérateur ?
- Score carbone sur les emballages : comment le futur « Eco-score » va-t-il changer vos courses ?
- Pourquoi imbriquer les emballages (pots de yaourt dans boîtes de conserve) empêche leur recyclage ?
- Le Relais ou bornes de rue : acceptent-ils vraiment les textiles déchirés ou souillés ?
- Tête de mort ou poisson mort : comment lire les pictogrammes pour savoir si un produit est jetable ?
- Déchets chimiques : que faire de vos vieux pots de peinture si la déchetterie est fermée ?
L’arnaque du Point Vert : pourquoi ce logo historique disparaît-il progressivement des emballages ?
Pendant des décennies, le Point Vert a été le symbole écologique le plus visible sur nos emballages. Pour beaucoup, ses deux flèches entrelacées signifiaient « recyclable ». C’est pourtant une erreur, partagée par une immense majorité de consommateurs. En réalité, ce logo est un « signal fantôme » : il ressemble à une instruction de tri, mais n’en est pas une. Cette confusion massive, où 72% des personnes interrogées pensaient à tort que le Point Vert signifie recyclable, a été l’un des plus grands malentendus de l’écologie grand public.
La véritable signification du Point Vert est purement financière. Sa présence sur un produit indique que l’entreprise qui le commercialise paie une contribution à un organisme national de gestion des déchets, comme Citeo en France. C’est une logique industrielle, pas un geste citoyen. Pour le dire simplement, il ne concerne pas la fin de vie du produit, mais son financement.
Le Point Vert signifie simplement que l’entreprise qui vend le produit verse une contribution à Citeo, organisme national de tri et de recyclage.
– Commission européenne, Bulletin officiel européen
Face à cette confusion persistante, la France a pris une décision radicale. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) de 2020 a sonné le glas du Point Vert. Considéré comme une source d’erreur, son utilisation est désormais pénalisée. Depuis le 1er janvier 2021, les entreprises qui continuent de l’apposer sur leurs nouveaux emballages doivent s’acquitter d’une pénalité. C’est pourquoi vous le voyez disparaître progressivement, au profit du seul logo qui compte vraiment pour votre geste de tri : le Triman, accompagné de l’Info-tri.
Extension des consignes de tri : peut-on vraiment mettre tous les plastiques dans la poubelle jaune partout ?
La bonne nouvelle est que le tri est devenu beaucoup plus simple ces dernières années. Finies les questions angoissantes sur le pot de yaourt, la barquette de jambon ou le film plastique autour des magazines. Grâce à l’extension des consignes de tri (ECT), la règle est désormais claire pour la quasi-totalité des Français : tous les emballages en plastique se trient et vont dans le bac jaune. Au 1er janvier 2023, 98% de la population française métropolitaine était concernée par cette simplification majeure.
Cette révolution a été rendue possible par la modernisation des centres de tri. Équipés de nouvelles technologies, comme des lecteurs optiques, ils peuvent désormais identifier et séparer une plus grande variété de plastiques qui étaient auparavant destinés à l’incinération. C’est un changement de paradigme qui place le geste citoyen au cœur d’une chaîne industrielle plus performante.

Et les résultats sont là. Dans les territoires précurseurs qui ont mis en place cette simplification, on observe une augmentation significative de la collecte. Une étude de la CLCV a montré un gain de 4 kg d’emballages supplémentaires triés par habitant et par an. Cela inclut 2 kg de plastiques auparavant non recyclés comme les pots, les barquettes et les films. Cette simplification prouve que lorsque le geste de tri est facile et intuitif, les citoyens répondent présents et la performance du recyclage augmente.
Plastique n°7 ou sans numéro : pourquoi ces emballages finissent-ils toujours à l’incinérateur ?
Malgré l’extension des consignes de tri, une réalité demeure : tous les plastiques que nous trions ne sont pas pour autant recyclés. La consigne « tous les plastiques dans le bac jaune » a pour but de simplifier le geste et de ne pas décourager les citoyens, mais en coulisses, la situation est plus complexe. En effet, environ 20% des emballages plastiques mis sur le marché ne sont techniquement pas recyclables à l’heure actuelle. Pour ces derniers, la seule voie de « valorisation » reste l’incinération (pour produire de l’énergie) ou l’enfouissement.
Cette non-recyclabilité est souvent due à la nature même du plastique. Les emballages sont souvent composés de plusieurs couches de matériaux différents, fusionnées entre elles pour des raisons de conservation ou d’esthétique. Ces mélanges, complexes et coûteux à séparer, rendent le recyclage impossible avec les technologies actuelles. Le fameux numéro 7 (« Autres »), que l’on trouve dans un triangle sur certains emballages, est la catégorie fourre-tout qui désigne ces plastiques complexes ou mélangés, comme le polycarbonate (PC) ou l’acide polylactique (PLA). Ils sont systématiquement écartés dans les centres de tri.
Ce tableau illustre bien la disparité du recyclage selon les types de résines plastiques, mettant en lumière le défi que représentent certaines d’entre elles pour l’économie circulaire. Les données proviennent d’une analyse du taux de recyclage effectif.
| Type de plastique | Taux de recyclage | Destination finale |
|---|---|---|
| PET (n°1) | 56% | Nouvelles bouteilles |
| PEHD (n°2) | 45% | Tuyaux, mobilier urbain |
| PS (n°6) | 15% | Isolation |
| Autres (n°7) | <5% | Incinération/Enfouissement |
Même si vous devez continuer à les mettre dans la poubelle jaune pour ne pas complexifier le message, il est crucial de comprendre que certains plastiques poseront toujours un problème tant que les industriels n’adopteront pas l’éco-conception pour les rendre 100% recyclables.
Score carbone sur les emballages : comment le futur « Eco-score » va-t-il changer vos courses ?
Après le Nutri-Score pour l’alimentation, préparez-vous à voir arriver l’Eco-score sur vos produits. Cette nouvelle signalétique environnementale vise à informer les consommateurs de l’impact global d’un produit sur la planète, de sa production à sa fin de vie. L’idée est de fournir une information claire et visible, sous la forme d’une note de A (très faible impact) à E (très fort impact), pour vous aider à faire des choix plus éclairés lors de vos achats.
Contrairement aux logos de tri qui se concentrent uniquement sur l’emballage, l’Eco-score a une approche beaucoup plus large. Comme l’explique l’ADEME, son calcul se base sur l’Analyse de Cycle de Vie (ACV) du produit. Cette méthode scientifique, s’appuyant sur la base de données publique Agribalyse, prend en compte de multiples facteurs : la production des matières premières agricoles, les procédés de transformation, la fabrication de l’emballage, le transport, et bien sûr la recyclabilité du produit et de son emballage.

Ce score pourra donc révéler des surprises. Un produit avec un emballage minimaliste mais dont la matière première a nécessité énormément d’eau et de pesticides pourrait avoir un mauvais score. À l’inverse, un produit dans un emballage plus conséquent mais issu de l’agriculture biologique locale et facilement recyclable pourrait obtenir un A. L’Eco-score promet donc de déplacer le débat au-delà du seul emballage pour englober toute la chaîne de valeur, poussant ainsi les industriels à améliorer leurs pratiques à tous les niveaux.
Pourquoi imbriquer les emballages (pots de yaourt dans boîtes de conserve) empêche leur recyclage ?
C’est un geste qui part d’une bonne intention : pour gagner de la place dans la poubelle de tri, on imbrique les emballages les uns dans les autres. Un pot de yaourt dans une boîte de conserve, une bouteille en plastique compressée dans une brique de lait… Pourtant, ce simple geste est l’une des pires erreurs de tri, un acte de « sabotage involontaire » qui garantit que ces déchets ne seront pas recyclés. Les erreurs de tri sont un problème majeur : en 2023, elles ont représenté 26,18% de la collecte, souillant les flux et augmentant les coûts.
Pour comprendre pourquoi, il faut se représenter le fonctionnement d’un centre de tri. Ce n’est pas une armée de petites mains qui inspecte chaque déchet. Ce sont d’immenses machines, notamment des trieurs optiques, qui scannent les déchets sur des tapis roulants à grande vitesse. Un capteur infrarouge identifie la matière de l’emballage (plastique PET, carton, aluminium…) et des jets d’air comprimé l’éjectent vers la bonne filière. Si vous placez un pot de yaourt en plastique (PS) dans une boîte de conserve en acier, le trieur optique ne verra que l’acier. Le pot de yaourt sera donc envoyé avec les métaux, où il deviendra un « contaminant ». À l’inverse, il peut arriver que le poids ou la forme du déchet imbriqué le fasse rejeter vers les erreurs de tri, et les deux emballages finiront à l’incinérateur.
La règle d’or est donc simple : chaque emballage doit être jeté séparément dans le bac de tri. Pour optimiser l’espace, vous pouvez aplatir les bouteilles et les cartons, mais ne les imbriquez jamais.
Votre plan d’action anti-erreur : les 5 gestes qui changent tout
- Ne pas imbriquer les emballages : Jetez-les en vrac et séparément pour que les machines puissent les identifier individuellement.
- Ne pas écraser complètement les bouteilles : Aplatissez-les dans le sens de la longueur, mais laissez-les conserver une forme reconnaissable par les capteurs optiques.
- Bien vider, mais ne pas laver : Un emballage doit être vide pour ne pas souiller les autres, mais le laver à grande eau est un gaspillage inutile. Un simple coup de raclette suffit.
- Séparer les matériaux si possible : Si un emballage est composé d’une partie en carton et d’une barquette en plastique facilement séparables, séparez-les avant de les jeter.
- Pas de sacs plastiques fermés : Ne mettez jamais vos emballages à trier dans un sac poubelle fermé. Les opérateurs ne les ouvrent pas par sécurité, et le sac entier sera rejeté.
Le Relais ou bornes de rue : acceptent-ils vraiment les textiles déchirés ou souillés ?
Une autre grande source de confusion concerne le tri des textiles. Que faire de ce t-shirt troué, de cette chaussette orpheline ou de ce linge de maison taché ? Beaucoup, pensant bien faire, les jettent à la poubelle, réservant les bornes de collecte aux seuls vêtements en bon état. C’est une erreur ! La grande majorité des textiles, même abîmés, peuvent et doivent être déposés dans les bornes dédiées, comme celles du Relais.
En effet, la filière de valorisation textile ne se limite pas à la revente en seconde main. Les vêtements en bon état seront revendus à bas prix en boutique ou exportés. Mais les textiles qui ne peuvent être réutilisés en l’état entrent dans un autre cycle de recyclage :
- Les tissus en coton ou en jean peuvent être effilochés et transformés en chiffons d’essuyage industriels.
- D’autres sont broyés et réincorporés dans la fabrication de nouveaux produits, comme des feutres d’isolation pour l’automobile ou le bâtiment.
Le seul impératif est que les textiles soient propres et secs (pour éviter la moisissure) et placés dans un sac fermé pour les protéger de l’humidité. Les chaussures doivent être attachées par paire. Mais un trou ou une tache n’est absolument pas un problème.
Étude de cas : La transformation des textiles usés en isolant Métisse® par Le Relais
Le Relais, principal opérateur de la collecte en France, est bien plus qu’un simple collecteur. Cette entreprise d’insertion sociale a développé une filière de recyclage complète. Les textiles en coton non réutilisables sont défibrés dans ses usines en France pour créer « Métisse® », un isolant thermique et phonique pour le bâtiment, performant et écologique. Ce processus illustre parfaitement l’économie circulaire : un déchet (un vieux jean) devient une ressource pour un autre secteur, tout en créant des emplois locaux pour des personnes en difficulté.
Tête de mort ou poisson mort : comment lire les pictogrammes pour savoir si un produit est jetable ?
La présence d’un pictogramme de danger sur un flacon, comme une tête de mort (toxique), une flamme (inflammable) ou un poisson mort (danger pour l’environnement), sème souvent le doute au moment du tri. Doit-on jeter l’emballage dans la poubelle classique par précaution ? La réponse, comme le clarifie l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), est non. Il faut bien faire la distinction entre le contenu et le contenant.
Ces pictogrammes de danger concernent exclusivement le produit à l’intérieur de l’emballage, et non l’emballage lui-même. Une fois le flacon complètement vide, il est considéré comme un emballage classique. Un bidon d’eau de Javel (pictogramme corrosif) ou une bouteille de White Spirit (pictogramme inflammable et dangereux pour l’environnement), une fois entièrement vidés, peuvent donc aller dans la poubelle de tri jaune, car ils sont en plastique.
La nuance est importante : « entièrement vide ». Il ne doit rester aucun résidu liquide ou pâteux significatif. Pour les produits les plus dangereux, un dernier rinçage peut être envisagé, mais l’eau de rinçage doit être traitée avec précaution (ne pas la jeter dans l’évier si le produit est très nocif). Cependant, pour la majorité des produits d’entretien courants, un flacon bien vidé de son contenu est apte au tri. Ne laissez plus un pictogramme de danger vous faire commettre une erreur de tri sur un emballage recyclable.
À retenir
- Le Point Vert ne signifie pas « recyclable » mais indique une contribution financière. Le seul vrai guide est le logo Triman avec ses consignes.
- Le tri est simplifié : tous les emballages (plastique, métal, carton) vont dans le bac jaune, mais doivent être jetés en vrac et non imbriqués.
- Même les textiles troués ou les flacons de produits dangereux vides ont une filière de recyclage dédiée et ne doivent pas être jetés à la poubelle.
Déchets chimiques : que faire de vos vieux pots de peinture si la déchetterie est fermée ?
Nous avons tous dans nos caves ou garages de vieux pots de peinture, des restes de solvants, des cartouches de silicone séchées ou des produits de bricolage non identifiés. Ces produits sont classés comme Déchets Diffus Spécifiques (DDS). En raison de leur caractère toxique, inflammable ou corrosif, ils ne doivent sous aucun prétexte être jetés dans la poubelle classique, ni vidés dans l’évier ou les toilettes. Ils représentent un danger pour l’environnement et pour les personnes chargées de la collecte des déchets.
La voie royale pour s’en débarrasser est bien sûr la déchetterie. Toutes disposent d’une zone spécifique pour accueillir ces déchets dangereux, qui seront ensuite pris en charge par des filières de traitement spécialisées. Mais que faire si la déchetterie est fermée, loin, ou si vous n’avez qu’un petit pot à jeter ?
Sachez que de nombreuses grandes surfaces de bricolage proposent des points de collecte pour ces produits. En partenariat avec l’éco-organisme EcoDDS, des bacs sont souvent mis à disposition à l’entrée ou près du service après-vente pour y déposer vos anciens produits, même s’ils n’ont pas été achetés dans cette enseigne. C’est une solution pratique et responsable. De plus, certaines communes organisent ponctuellement des collectes mobiles dans les quartiers. Renseignez-vous auprès de votre mairie.
En transformant cette connaissance en habitude, vous devenez un maillon fort de l’économie circulaire, assurant que vos efforts quotidiens ont un impact réel et positif. Chaque emballage correctement trié est une petite victoire pour l’environnement.
Questions fréquentes sur le tri des déchets
Puis-je déposer des vêtements troués ou tachés dans les bornes textiles ?
Oui, même abîmés, les textiles sont acceptés. Ils seront transformés en chiffons d’essuyage industriels ou en matériaux d’isolation.
Quelle différence entre une borne Le Relais et une borne privée ?
Le Relais est une entreprise d’insertion qui finance des emplois locaux pour des personnes en difficulté, contrairement aux bornes privées à but lucratif.
Que deviennent les vêtements exportés en Afrique ?
Une partie est revendue sur les marchés locaux, mais les invendus finissent souvent en décharge à ciel ouvert, créant des problèmes environnementaux.